Avatar
MCF enseignante-chercheuse en #stylistique #linguistique #litterature ; Enseignante en #prison ; #sociologie ; #féminisme ; Chroniques littéraires ; Boxe

Bon, vu les intoxs qui circulent sur le mythe des personnes détenues « nourries, blanchies, logées », petit point…

Catégories Story
Bon, vu les intoxs qui circulent sur le mythe des personnes détenues « nourries, blanchies, logées », petit point sur l’#économie de la #prison : coût de la vie, conditions de travail, salaires, etc. #détention (Sources en fil de fil)
Quoi que vous pensiez de la prison, ce serait bien de ne pas faire circuler le mythe de la prison « 4 étoiles », ou des personnes détenues profiteuses (hein @dupontaignan ). Rappel des faits.
Bon je ne reviens pas sur l’état des prisons en France, la surpopulation, les conditions d’hygiène, les personnes détenues mélangées, etc, mais quand même. Allez voir les photos de l’équipe du Contrôleur des lieux de privation de liberté t.co/5e803EemSO t.co/KSjMGc8qtK
Les personnes qui pensent que la prison c’est l’hôtel, vous imaginez ce que c’est concrètement de devoir partager une cellule et des WC (oui, ce genre de détails a son importance), avec 1,2,3 personne(s), non choisies, dont certaines auraient plus leur place en HP? t.co/PMqsYOkpiJ
Contrairement aux idées reçues, la vie en prison est chère. Beaucoup de produits de première nécessité ne sont pas fournis (sauf pour les personnes détenues classées comme indigentes). Un exemple symbolique: le papier hygiénique est payant (et cher).
C’est d’ailleurs un bon point pour distinguer les mythos, ceux qui sur twitter me disent qu’ils travaillent en taule depuis 20 ans et ne savent pas que le PQ est payant: lol. Tout le monde sait ça en prison.
Il faut donc « cantiner » (acheter des produits sur un catalogue proposé par la détention) pour acheter des produits (par ex papier hygiénique, savons, timbres, cigarettes, etc). Or les prix sont d’environ plus chers qu’à l’extérieur…
Ce sont des prestataires privés qui proposent ces produits aux personnes détenues, qui ne peuvent ni négocier, ni choisir ailleurs. Le prestataire peut donc se faire des bénéfices considérables… t.co/nlqsesBeUK
La délégation de ces cantines au privé a fait bondir les prix. Le contrôleur des lieux de privation de liberté et la cour des comptes ont plusieurs fois dénoncé cette situation, après avoir constaté des abus énormes entre les prix à l’intérieur et l’extérieur
Exemple d’augmentation des prix: +50% pour une bouteille d’eau, +70% pour du Nutella… Ca c’est de l’argent qui ne va pas dans la poche des victimes ou de l’Etat, mais de prestataires privés. Une bonne enquête de @LEXPRESS sur ces prix: t.co/3yKMANWU2O
Pour le droit du travail, pour l’instant il n’y en a pas en prison. C’est une zone de non-droit, même si l’@OIP_sectionfr essaie de se battre pour cela. E. Macron a dit récemment qu’il allait introduire un droit du travail « adapté » en prison. Ce serait une première, à voir.
Je vais être précise sur ce que cela signifie. 1/ Les salaires, très bas, puisque l’administration ne respecte pas les tarifs mis en place par la loi pénitentiaire. Le salaire est entre 1 ou 3 euros de l’heure, pour un travail généralement très répétitif
Si c’est un travail délégué par concessionnaire, peu importe le temps passé au travail, la personne détenue est payée à la pièce. C’est le concessionnaire qui décide du prix de la pièce. (Pas censé être légal, mais ça subsiste)
Une personne détenue touchera donc un salaire d’environ 300-350 euros par mois pour un travail à temps complet. 4étoiles on vous dit. t.co/HJ44ViWKJR
2/ Pas de contrat de travail, mais un « acte d’engagement » professionnel, flou, sans protection juridique réelle 3/ Aucun droit d’indemnité en cas de chômage technique, d’arrêt maladie, d’accident du travail.
Les personnes détenues cotisent! Prélèvement sur les rémunérations brutes sur salaire : cotisation sociale généralisée (CSG), cotisation de remboursement à la dette sociale (CRDS), assurance vieillesse, cotisation à l’assurance maladie, tout sauf au chômage
Prélèvements sur les rémunérations nettes : 20% à 25% sont prélevés pour la rémunération des parties civiles, 10% sont bloqués pour être placés sur le pécule de libération (donné à la personne détenue à sa sortie)
Pas de possibilité d’expression collective ou de représentation syndicale : toute action collective est rigoureusement interdite en prison: y participer ou inciter d’autres personnes à y participer constitue une faute disciplinaire de 2e degré. t.co/y7tgdUVs5c
L’inspection du travail peut intervenir en prison, mais seulement pour contrôler l’application des règles d’hygiène et de sécurité, mais rien qui relève du Code du travail (rémunérations, conditions d’embauche, etc).
Concrètement, quel travail peut-on faire en prison? Il y a le service général (tout ce qui relève de l’entretien de la prison) ou les concessionnaires privés. L’administration pénitentiaire met à leur disposition des locaux et leur procurent la main d’œuvre moyennant redevance
Il s’agit de travaux de manufacture ou de production industrielle (pliage, découpe, collage, mise sous pli) ou de travail tertiaire (centre d’appels téléphoniques). Exemples de concessionnaires : MKT Societal, Orange… Médecins sans frontières… t.co/lV2xgAVQA7
Bien sûr, c’est tout bénéf pour ces entreprises, qui n’ont pas besoin de délocaliser: de la main d’oeuvre carcérale corvéable à merci, qu’on peut exploiter et sous payer sous la main!
Les personnes détenues sont censées payer leur dette à la société, aux victimes, pas aux boîtes privées. Comme me le disait une détenue « J’ai agressé personne de chez Orange ».
Cette situation porte préjudice à tout le monde: aux personnes détenues exploitées, aux victimes qui ne pourront percevoir leurs dommages et intérêts que lentement, aux travailleur·es à l’extérieur qui subissent une concurrence avec cette délocalisation interne (dumping social)
Autre cliché sur la prison: les personnes détenues ne veulent pas travailler, mais juste se tourner les pouces. Faux, il y a une forte demande d’accès au travail. En théorie, c’est un droit pour toutes et tous, en réalité, son accès peut être très compliqué
Les personne prévenues (non jugées) ne peuvent travailler que sur accord du magistrat saisi du dossier de la procédure et ne peuvent être affectées qu’au service général. (On peut attendre des années avant le jugement)
Les demandes de travail doivent être adressées de préférence par écrit (ça exclut les personnes illettrées, les personnes étrangères…) Une commission décide ensuite, sans avoir à justifier ses choix, ce qui peut créer de grosses tensions
Autre difficulté:entre le travail et l’école il faut très souvent choisir car les horaires ne sont pas aménagés.Pour nous qui enseignons, ça complique vraiment les choses (des personnes détenues qui lâchent l’école en cours d’année une fois qu’elles ont été acceptées au travail)
Exemple de manquements et d’abus liés au travail signalés par les personnes détenues: 1) les conditions sanitaires déplorables 2) l’arbitraire: menacer d’enlever son travail à une personne détenue est un bon moyen de pression, le travail est vraiment un privilège
Le travail n’est plus un droit mais une récompense. Les travailleurs·euses ont des droits que les autres n’ont pas : avoir une douche tous les jours par exemple (contre une fois tous les trois jours pour le reste de la population carcérale).
Cette situation ne cessera de se dégrader si l’Etat se désinvestit de plus en plus au profit du privé. L’exemple type, c’est les Etats Unis, où le monde carcéral est devenu un véritable business. C’est dénoncé et analysé par L. Wacquant (« Les prisons de la misère ») t.co/7VBA9Y2Nw4
Et bien sûr par Angela Davis « La prison est-elle obsolète »? On en est pas encore là en France, mais ça serait bien qu’on évite, ce n’est profitable pour personne (sauf les boîtes privées) t.co/oawXVHxHUU
On avait commencé sur cette voie avec les Partenariats Publics Privés, désastre général, d’un point de vue humain comme financier: en décembre 2017, la cour publique des comptes a appeler à cesser tout PPP t.co/d5M0261iyh
Lien d’un article que j’avais co-écrit sur les PPP en prison: la vision d' »un monde où les personnes détenues deviennent des valeurs marchandes, leurs peines de possibles exploitations financières, et la punition carcérale un vaste marché financier » t.co/AjEDVFqhKl
Et ce n’est pas partout comme cela, et on peut faire autrement. En Angleterre, les personnes détenues peuvent présenter des réclamations, en Italie, le droit du travail existe en partie.
DONC BILAN. La vie en prison coûte cher (on achète son PQ, le téléphone coûte très cher), les personnes détenues veulent travailler, ne le peuvent pas toujours, sont exploitées, et les prisons françaises sont parmi les pires d’Europe
Aux ceux et celles qui disent « on s’en fout des personnes détenues ». Je passe sur l’aspect philosophique et humain: il faut bien comprendre que cette situation ne profite à personne qu’aux boîtes privées. Que ce n’est pas une bulle hors de notre société qui ne nous concerne pas
C’est un microcosme révélateur, à de nombreux points de vue, des dysfonctionnements de notre société, contre lesquels on a intérêt à se battre. Et du point de vue du non droit du travail et de l’exploitation, c’est le rêve de Gattaz. t.co/wiAyqQzXZC
Pour les personnes intéressées, la source majeure c’est l’@OIP_sectionfr qui vient de faire un travail récent et complet à ce sujet: t.co/2mz6xrwyJx
ah oui et encore une chose, j’en peux plus d’entendre « oui mais avec nos impôts on leur paie la télé »: LA TELEVISION EST PAYANTE EN PRISON (et ça peut être l’enfer, une grosse source de tension, quand qqn impose une télé allumée H/24)
Réactions à des commentaires: le contrôleur des prisons, Delarue, faisait un super travail, la contrôleuse actuelle @AdelineHazan aussi. Mais leur seul pouvoir est médiatique.
Voilà. Ne nous trompons pas de combat, renseignons-nous, merci pour votre intérêt, bisous et suivez l’@OIP_sectionfr !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *