Avatar
Fund manager, finance teacher, team #rstats, tit for tat, raconte aussi des histoires.

Mai 1940, près de Richebourg dans le Pas-de-Calais : une patrouille allemande attaque le village de l’Épinette…

Catégories Histoire, Story
Mai 1940, près de Richebourg dans le Pas-de-Calais : une patrouille allemande attaque le village de l’Épinette sous le feu des brits qui couvrent le repli sur Dunkerque.

Soudainement, le sergent-chef de la patrouille s’écroule : il a reçu une flèche en pleine poitrine. #Thread t.co/fNvv3Xezbo

Oui, une flèche du genre de celles qu’on tire avec un arc et oui, nous sommes en pleine seconde guerre mondiale.

L’archer qui vient ainsi d’épingler son premier nazi comme un vulgaire coléoptère s’appelle Jack Churchill (non, rien à voir avec Winston). t.co/NIoEbwTNwX

Churchill est né en 1906 à Hong-Kong où il passe l’essentiel de son enfance avant que ses parents rentrent définitivement en Angleterre. Après des études militaires, le garçon s’engage dans l’armée et rejoint le Manchester Regiment en Birmanie de 1926 à 1936.
Déjà à cette époque, le bonhomme surprend un peu ; notamment quand, après une formation à Pune (Inde), il décide de faire le retour jusqu’à Calcutta en moto — soit un périple d’environ 1 800 km sur des chemins à peine existants… juste pour le fun. t.co/0sqL0D6onh
Il se raconte aussi qu’un jour, il s’est présenté à une parade militaire avec un parapluie.

Quand l’adjudant de son bataillon lui a demandé de quel droit il se permettait ce genre d’excentricités, Churchill lui aurait répondu « parce qu’il pleut, sir ». t.co/PGkyeMDa8J

C’est d’ailleurs peut être suite à cet épisode que Jack quitte l’armée en 1936. Il commence par bosser dans un journal à Nairobi (Kenya), pose pour des photos puis, comme il sait tirer à l’arc, décroche quelques petits rôles dans des films.
Et quand je dis qu’il sait tirer à l’arc, c’est pas qu’un peu : alors que les nazis envahissent la Pologne, en 1939, il est à Oslo pour représenter la Grande Bretagne au championnat du monde de tir à l’arc.

C’est un leitmotiv avec Churchill : il ne fait jamais rien à moitié.

Bref, la guerre éclate et Jack, considérant que le pays est « parti en confiture pendant son absence », fonce se réengager dans le Manchester Regiment.

Clairement, il est ravi : la vie civile ça va un peu mais son truc à lui, ça reste quand même l’action, option baston.

Voilà comment le sergent-chef allemand évoqué plus haut obtient le triste honneur d’être le premier nazi à se faire embrocher comme un poulet. Il n’a sans doute pas assisté à la suite : quand les hommes de Churchill attaquent le reste de la patrouille. t.co/y4ygZBY1Pw
À leur tête, notre Jack Churchill charge en brandissant une épée.

Oui, une épée ou, pour être plus précis, une claybeg — l’arme favorite des guerriers écossais. Ça aussi c’est une des petites spécificités de Churchill : il l’a toujours avec lui. t.co/KZxq1mfB6o

Quand un général, au moment de lui remettre une décoration, lui a demandera plus tard pourquoi il se trimbale avec cette antiquité ; Churchill lui répondra que, selon lui, « un officier qui part au combat sans son épée n’est pas dans une tenue correcte. » t.co/gOwMeaqn48
C’est à cette époque que notre Churchill commence à construire sa légende. Très vite, son agressivité au combat et ses petites excentricités vont lui valoir d’être connus de ses camarades sous les noms de ‘Fighting Jack Churchill’ ou de ‘Mad Jack’.
Alors que les brits se replient sur Dunkerque, un de ses amis officier le croise dans les plaines de Flandre sur une petite moto, son arc accroché au cadre, ses flèches dans le panier à l’arrière…

… et une casquette d’officier allemand fixée sur les phares.

Quand Churchill aperçoit son ami, il pousse en grand « Ah ! » de satisfaction, se rapproche de lui et, comme si tout était normal, lui balance simplement « Salut Clark ! Quelque chose à boire ? »

Personne ne sait ce qui est arrivé au propriétaire de la casquette.

Un jour, alors que les britanniques se retrouvent coincés à Dunkerque, il est blessé à la tête par un tir de mitrailleuse.

Quand ses amis lui demandent pourquoi il n’a pas couru se mettre à l’abri, il répond calmement qu’il était trop fatigué pour courir. t.co/VohGa6BIhU

C’est aussi à ce moment qu’il tente de dépêtrer un char anglais en attelant six camions (why not?) : sous le feu des allemands, il n’arrive pas à récupérer le char mais en profite quand même pour sauver l’officier qui était à bord.

Ça lui vaudra sa première Military Cross.

Sitôt rapatrié avec les autres depuis Dunkerque, il entend parler des commandos — les British Commandos qui viennent d’être créés par Dudley Clarke (voir le thread sur Alexandrie).

Il ne sait pas trop ce que c’est mais, comme on lui promet de l’action, il s’engage.

Et ça, ça lui plait beaucoup. Il s’éclate à l’entrainement dans la boue et le froid écossais (ci-dessous, il est à droite de la photo avec son épée) mais piaffe d’impatience à l’idée d’en découdre.

Du coup, pour passer le temps, il joue de la cornemuse… à 3 heures du matin. t.co/ozKc7Pd1gz

Oui, ça aussi ça fait partie des petits trucs de Jack Churchill : il joue de la cornemuse et en trimballe toujours une avec lui.

Évidemment, il en joue très bien mais surtout, il a la très improbable habitude d’en faire la démonstration en pleine bataille.

Le 27 décembre 1941, il mène l’assaut d’un détachement des British Commandos sur l’île de Maaloy en Norvège.

Alors que les barges de débarquement approchent des positions nazies, il est debout à l’avant la première et joue ‘The March of the Cameron Men’.

Une fois débarqués, sous une pluie de balle et dans une fumée épaisse, Jack Churchill brandi son épée et lance l’assaut en poussant des hurlements totalement incompréhensibles.

Les témoins de la scène supposent que c’était des cris de guerre. t.co/33hvycQgID

Les nazis, évidemment, se font tordre. Pour confirmer le succès de l’opération, Churchill envoie un message au responsable du raid britannique :
« Batteries et île de Maaloy prises.
Pertes légères.
Démolition en cours.
— Churchill. »
En juillet 1943, on retrouve Churchill — épée à la hanche, arc autour du coup et cornemuse sous le bras — à coté de Salerne (Italie), chargeant en tête du commando numéro 2.

Il a réglé son problème de communication et monte à l’assaut en hurlant « COMMANDOOOOOOO ! ».

En pleine nuit, les allemands ne comprennent absolument rien à ce qu’il se passe ; comme les hommes de Churchill hurlent tous la même chose, ils ont l’impression qu’on les attaque de tous les côtés à la fois.

Résultat : les brits font 136 prisonniers. t.co/RAzI2HPnBy

Reste le bled d’à côté à reprendre aux allemands. Churchill n’attend même pas ses troupes et y va seul avec le premier caporal qu’il trouve, attrape une vigie, lui colle un flingue dans le dos et l’emmène faire le tour de tous les postes de garde, un par un.
Quelques minutes plus tard, il a fait 42 prisonniers avec leurs armes dont un mortier. Évidemment, comme il ne faut pas gâcher, il ramène ce petit monde avec lui en faisant porter le matos par les allemands.

Commentaire à posteriori de Churchill :

« Je maintiens que, tant que vous dites fort et clair à un allemand ce qu’il doit faire et si vous êtes plus gradé que lui, il criera ‘Jawohl’ et obéira avec enthousiasme et efficacité quelle que soit la situation. »

Dans son esprit, c’est un compliment.

Le voilà maintenant, en mai 1944, qui prend d’assaut l’île de Brač en Yougoslavie avec 43 commandos et une petite armée d’un millier de partisans locaux.

Manque de bol, au bout d’un moment, il se retrouve isolé au sommet d’une colline et il n’a plus de munitions.

Et qu’est-ce qu’il fait à votre avis ?

Eh bien il sort sa cornemuse et joue ‘Will ye no come back again?’

… jusqu’à ce qu’un éclat de grenade allemande l’assomme et mette fin au concert. t.co/nRd9VxzytA

Prisonnier, il est transféré à Berlin pour interrogatoire (les nazis le suspectent d’avoir un lien avec le premier ministre) avant d’être enfermé (parce qu’en fait pas du tout) dans le camp de concentration d’Oranienburg-Sachsenhausen.
Évidemment, ça n’est pas un foutu camp de concentration qui va arrêter Jack Churchill : quelques semaines plus tard, en septembre 1944, il s’échappe avec un officier de la RAF en passant par les égouts.

Manque de bol, ils se font pincer à Rostock.

Fin avril 1945, il est transféré à Niederdorf (Autriche), sous la garde de SS. Quand les prisonniers sont libérés suite à une affaire rocambolesque (qui mériterait un thread), il n’attend pas les troupes américaines et part seul à pied pour Vérone (Italie)… à 245 km de là.
La guerre en Europe étant finie, Churchill s’embarque pour participer à la Guerre du Pacifique… Manque de bol, il arrive après Hiroshima et Nagasaki.

Déçu, il déclare que « sans ces maudits Yankees, nous aurions pu faire durer cette guerre encore 10 ans. »

Après la guerre, il ne quitte pas l’armée. En 1948, par exemple, on le retrouve à Jérusalem en train d’évacuer 700 médecins, étudiants et patients de l’université hébraïque de Jérusalem — raison pour laquelle le boulevard qui y mène porte encore son nom.
En 1952, ses talents d’archer lui valent encore une apparition dans *Ivanhoe* où il joue avec Robert Taylor, un vieux copain de d’aviron, avant de partir pour l’Australie, où il se découvre une passion pour le surf (évidemment, il devient un excellent surfeur). t.co/Il45TeCQZu
Il prend enfin sa retraite en 1959 pour profiter de son épouse, Rosamund (qu’il avait épousé juste après la retraite de Dunkerque) et jouer avec des maquettes de navires de guerre sur la Tamise.

Jack Churchill est mort le 8 mars 1996, à l’âge de 89 ans. #Fin t.co/DMKLexqKpS

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *