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Historienne des révolutions et de la citoyenneté (Enseignante chercheuse UPEM) / chroniqueuse sur Arrêt sur image/ détricoteuses sur Médiapart

Il y a 121 ans, le journal l’Aurore s’arrache dans les rues de Paris A sa Une…

Il y a 121 ans, le journal l’Aurore s’arrache dans les rues de Paris
A sa Une un article dont le titre éclate
J’accuse ! t.co/J54MlFhkl6
1)Rappelons brièvement les faits : Dreyfus avait été condamné devant un tribunal militaire pour trahison (1894)
Condamné sur de fausses preuves confectionnées par l’armée, présumé coupable parce que juif, il avait été envoyé au bagne. t.co/zwQ7J8zrt6
2)La presse avait joué un rôle central dans l’accusation
Il faut voir qu’alors tout était permis
Enfin pas tout, depuis les lois scélérates, on ne pouvait plus publier de textes anarchistes même socialistes
3)Mais sinon, la liberté était totale
La presse à la fin des années 1990 on ne peut pas écrire Vive la Sociale!, mais on peut écrire mort aux juifs…. Et on ne se privait pas
4) Le frère d’A. Dreyfus lance alors une contre-enquête qui démasque le coupable (1897) : le colonel Esterházy, ce que confirme un officier G. Picard
Esterházy est jugé mais acquitté le 11 janvier au terme d’un procès militaire bien controlé
5)Le 13 au matin, Picard est arrêté et incarcéré !

Le même jour Auguste Scheurer-Kestner, homme politique dreyfusard perdait la présidence du Senat

6)Autant dire que les dreyfusards étaient le 13 janvier dans une position difficile… t.co/YAUUjAqAJi
7) et donc
alors que la situation paraissait désespérée….

BOUM

« J’accuse… ! » paraît dans l’édition du 13 janvier 1898 du journal L’Aurore t.co/RFAaajc63i

8)L’article, distribué dès huit heures du matin, couvre toute la une du journal, dont 300 000 exemplaires s’arrachent en quelques heures à Paris t.co/L19WP0VMD3
9)« Toute la journée, dans Paris, les camelots à la voix éraillée crièrent L’Aurore… Le choc fut si extraordinaire que Paris faillit se retourner » se souvient Péguy
10)Zola n’en était pas à son premier article dreyfusard, il en avait déjà publié x dans le Figaro
Mais pour son nouveau texte il choisit un jeune quotidien militant, le journal L’Aurore, qui n’existait que depuis 3 mois
11)Son fondateur et directeur, Ernest Vaughan, politiquement très marqué par Proudhon, avait adhéré à l’Internationale dès 1867
Georges Clemenceau participait également à l’aventure de ce nouveau journal, l’orientant plus vers un républicanisme progressiste plus modéré
12)L’équipe rédactionnelle comprend aussi Bernard Lazare, auteur des premières brochures éditées pour défendre Alfred Dreyfus t.co/YfRc8hdmmn
13) Quand Zola leur propose l’article… nombreux tiquent, notamment Clemenceau, plus modéré.
Mais l’éditorialiste s’incline devant les qualités indéniables du texte en s’exclamant : « C’est immense cette chose-là ! »
14)L’équipe rédactionnelle bute aussi sur le titre de l’article : « Lettre au Président de la République »
Sur les conseils de Clemenceau, le nouveau titre, plus choc, est choisi. J’accuse !
15)La forme employée par Zola est assez révolutionnaire au regard des habitudes journalistiques
L’article est très long, avec environ 4 570 mots. Il court sur l’intégralité de la première page de L’Aurore et se prolonge en page 2 t.co/46c0iayIY4
16) La composition typographique en a été particulièrement soignée. Le titre en grosses lettres. Trois points de suspension. Un point d’exclamation

c’est sur

ça envoie du lourd! t.co/zaKKmP4qGe

17)« J’accuse… ! » est une surprise pour les contemporains, surpris de lire une telle violence dans le ton, un engagement aussi clair
Zola n’y est pas avocat de Dreyfus, mais accusateur public des acteurs militaires de l’affaire, de la justice, de la politique
18)Magistralement il résume les différents événements constituant les quatre premières années de l’affaire Dreyfus
19)Zola y livre une implacable attaque en règle
Il résume tous les mensonges de l’affaire

« La France a sur la joue cette souillure, l’histoire écrira que c’est sous votre présidence qu’un tel crime social a pu être commis. » écrit-il au président de la république t.co/MyoYCBT981

20)« Mon devoir est de parler, je ne veux pas être complice. Mes nuits seraient hantées par le spectre de l’innocent qui expie là-bas, dans la plus affreuse des tortures, un crime qu’il n’a pas commis.
21)alors il parle, il analyse, démonte, détricote (coucou ), défonce. Implacable il cite les responsables les uns après les autres t.co/QePMfpDCQ4
22)tout y passe,
L’état major, le conseil de guerre, l’église.
“les papiers volés, les lettres anonymes, les rendez-vous dans les endroits déserts”, “les pièges, les enquêtes folles, toute une démence torturante”, “les machinations les plus saugrenues et les plus coupables”
23)La presse en prend pour son grade
“C’est un crime d’empoisonner les petits et les humbles, d’exaspérer les passions d’intolérance, en s’abritant derrière l’odieux antisémitisme, dont la grande France libérale des droits de l’homme mourra, si elle n’en est pas guérie”.
24)Et à la fin de l’envoi, il touche… avec la célèbre litanie accusatrice et son anaphore… t.co/CracJp0eGu
25)Zola sait à quoi il s’expose. Il contrevient en effet à la loi sur la presse du 29 juillet 1881, ce qui va l’amener à être inculpé de diffamation publique. t.co/I93yc4a4Zw
26)mais il est confiant : « Quand on enferme la vérité sous terre, elle s’y amasse, elle y prend une force telle d’explosion que, le jour où elle éclate, elle fait tout sauter avec elle. t.co/xNFHVO647J
27)« Qu’on ose donc me traduire en cour d’assises et que l’enquête ait lieu au grand jour !
J’attends. » t.co/soCx3J6UVs
28)
Car c’est ça justement qu’il cherche
il veut sortir l’affaire des tribunaux militaires pour la porter aux assises
or si Dreyfus a été jugé par l’armée, Zola ne pouvait l’être qu’aux assises!
29)C’est précisément le coup de génie de « J’accuse » : avoir brutalement renversé les objectifs, en accusant individuellement, en affolant des hommes jusque-là assurés de leur puissance et les forcer à mettre l’affaire sur la sc publique
30)Le lendemain de la parution, l’accueil est très négatif contre Zola… seule une minorité salue l’article
Pour les Dreyfusards, la nouvelle de l’engagement résolu d’Émile Zola est inespérée t.co/3hbwdO8Z4z
31)Dans le camp anti-dreyfusard, c’est la stupeur, mêlée de furie vindicative
la charge contre Zola est féroce t.co/smEs8tx8e0
32)Mais l’affaire est relancée, voire lancée même ! Bientôt deux camps s’affrontent clairement t.co/7pgAsBhJN7
33)D’autres intellectuels s’engagent alors du coté de Dreyfus comme Anatole France, Georges Courteline, Octave Mirbeau ou Claude Monet
mais aussi Charles Péguy, Lugné-Poe, Victor Bérard, Lucien Herr, ou Alfred Jarry, ou Marcel Proust. t.co/GbFjDMTv26
34)Inculpé, Zola transforme évidemment son procès en tribune du dreyfusisme et fait en réalité le procès de l’affaire t.co/2i1zkRNTkc
35)Sa force : il n’est pas jugé par la justice militaire mais civile ! par la Cour d’assises
Les antidreyfusards manifestent devant la Cour de justice.
L’état major menace de démissionner en cas d’acquittement!
36) Zola est condamné à 1 an et un mois de prison et de lourdes amendes
Zola ira se réfugier à Londres pour fuir la prison et ne rentrera qu’en 99 après la révision du procès de Dreyfus t.co/yNqFWbQKgg
37)
Si Zola a perdu le procès dans le tribunal, il l’a gagné à l’extérieur : les preuves ont été publiées !
38) Et c’est à la suite du procès de Zola qu’a lieu la première réunion jetant les bases de la future Ligue des droits de l’homme le 25 février 1898
@LDH_Fr t.co/y6AGZchsw1
39) tout cela conduira à la révision du procès l’année suivante t.co/JCu2Lt8Khq
40)En 1899 le procès de Dreyfus était révisé en mi teinte, n’osant assumer l’erreur judiciaire, ce qui fit 10 jours après le président en graciant Dreyfus
41)Zola ne connaîtra jamais le dénouement de l’affaire Dreyfus : le 5 octobre 1902, il meurt asphyxié dans son appartement de la rue de Bruxelles. Mort accidentelle ou provoquée ? on ne sait…. t.co/ZAZAACCe8B
42)C’est en 1906 qu’enfin la cour de Cassation cassera le jugement et que Dreyfus sera réhabilité.
43)
en 1908, lors du transfert des cendres de Zola au Panthéon Dreyfus est blessé par deux coups de revolver. Son agresseur, Grégori, un journaliste du Gaulois, sera acquitté par les assises de la Seine. t.co/gXDSqI8LxJ
pour en savoir plus, j’avais fait l’année dernière une chronique sur @arretsurimages
t.co/i4rBFCMrdm

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