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French climate scientist at IPSL/LSCE, Paris Saclay; co-chair of IPCC WGI for the AR6. Tweets are my own. Also book lover and tennis player.

Bonne année 2020! Une (longue) lettre pour une jeune personne de 16 ans aujourd’hui.

Bonne année 2020! Une (longue) lettre pour une jeune personne de 16 ans aujourd’hui.
Cher.e jeune ami.e, je voudrais regarder vers le passé et vers le futur, et réfléchir aux relations entre science du changement climatique et société.
Quand j’avais votre âge, élève de 16 ans au lycée, j’aimais lire des magazines de vulgarisation scientifique.
En 1987, de nouvelles recherches émergeaient sur les observations spatiales de la Terre, la modélisation du climat, les carottes de glace de l’Antarctique.
J’étais aussi fascinée par les nuages – je pouvais passer des heures à les observer.
Mon émerveillement pour la beauté de la nature et mon enthousiasme pour les développements scientifiques sont clairement à l’origine de ma motivation à devenir climatologue.
A l’époque où j’avais votre âge, les connaissances sur les changements climatiques étaient beaucoup plus limitées qu’aujourd’hui
Les progrès en sciences du climat ont été spectaculaires au cours des dernières décennies, grâce au soutien des gouvernements à la recherche fondamentale.
Nous avons maintenant la capacité de faire le suivi des aspects clés du système climatique : les changements du bilan énergétique de la Terre, du climat mondial et régional, depuis le sommet de l’atmosphère jusqu’aux profondeurs des océans, des pôles aux tropiques.
Cela a été permis par les progrès technologiques, la coopération internationale, y compris la surveillance in situ et la télédétection depuis l’espace.
Nous bénéficions également de progrès impressionnants dans la compréhension des processus, les développements théoriques, ainsi que de la révolution de la modélisation numérique.
Le domaine de la modélisation du climat s’est développé au cours de la deuxième moitié du 20e siècle.
Les modèles du climat et du système terrestre jouent un rôle clé pour comprendre comment le système climatique fonctionne, pourquoi il a changé dans le passé,
comment il a affecté l’intensité et la probabilité d’occurrence d’événements extrêmes, et quels sont les changements climatiques futurs physiquement plausibles, selon nos choix.
L’année dernière, les média mondiaux ont célébré le 50e anniversaire du premier pas d’un être humain sur la lune, comme une réalisation majeure.
Aucun écho de ce genre n’a été donné au rapport Charney, publié en 1979, qui était l’une des premières évaluations scientifiques du rôle des gaz à effet de serre émis par les activités humaines sur le climat mondial.
Le rapport Charney estimait que la sensibilité du climat – une mesure qui permet d’évaluer le réchauffement le plus probable à la surface de la Terre résultant d’un doublement de la concentration atmosphérique de CO2 par rapport aux niveaux préindustriels – était proche de 3°C
avec une plage probable de ± 1,5°C. De nombreuses sources d’information issues de l’étude des climats passés, d’observations, de travaux théoriques et de modèles climatiques numériques beaucoup plus sophistiqués ont confirmé jusqu’à présent ce résultat.
Certains des modèles climatiques les plus récents, qui représentent mieux les processus climatiques, ont une plus grande dispersion dans leur réponse aux émissions de gaz à effet de serre (et une réponse plus forte).
C’est une occasion d’apprendre, et de mieux comprendre la sensibilité du climat, compte tenu de son implication pour les risques futurs et de notre marge de manœuvre restante, grâce aux percées de la recherche fondamentale sur le climat.
Notre connaissance des climats passés démontre la perturbation sans précédent déjà causée par les activités humaines sur le climat de la Terre, modifiant le bilan énergétique de la Terre.
Des études récentes ont confirmé que l’augmentation actuelle de 1°C de la température moyenne à la surface du globe depuis la fin du 19ème siècle est plus importante, plus rapide et plus synchrone à l’échelle mondiale qu’à aucun autre moment au cours des deux derniers millénaires
Notre meilleure estimation est que tout le réchauffement actuel est dû aux activités humaines.
Nous voyons déjà la réalité de ce climat qui change, avec des changements dans les tendances régionales et les caractéristiques des événements extrêmes qui affectent les écosystèmes et les moyens de subsistance partout.
En France, votre examen du brevet a été reporté en raison d’une vague de chaleur record, rendue plus probable et plus intense par le changement climatique induit par l’homme.
Cher.e jeune ami.e, tu es un.e enfant de l’Anthropocène.
Quand j’étais adolescente, les gouvernements voulaient qu’on leur fournisse le meilleur état des connaissances scientifiques. Ils ont créé le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat en 1988.
Il est remarquable que les principales caractéristiques de ce qui a été observé au cours des 30 dernières années aient été correctement anticipées dans les premières simulations rudimentaires océan-atmosphère publiées en 1989.
Aujourd’hui, avec plus de 20 000 publications dans des revues à comité de lecture avec le mot-clé “changement climatique”, la production de connaissances pertinentes dans toutes les disciplines scientifiques s’accélère.
Elle reflète le vaste développement des sciences du changement climatique, notamment la compréhension des impacts et des risques, l’exploration des options pour la gestion des risques et le renforcement de la résilience,
les liens avec le développement durable, la préservation des écosystèmes et l’amélioration du bien-être humain tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre pour parvenir à la neutralité carbone.
Avec plus de 20 000 publications par an sur ce sujet, nous avons plus que jamais besoin d’efforts coordonnés au niveau international pour évaluer l’état des connaissances, à partir de l’analyse critique de la littérature scientifique.
C’est le mandat du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, qui a célébré son 30e anniversaire en 2018 et qui déploie actuellement des efforts herculéens pour produire une série de rapports dans le cadre de son sixième cycle d’évaluation.
Nous venons de terminer les trois premiers rapports spéciaux de ce cycle.
Cher.e jeune ami.e, imaginez derrière moi les 300 auteurs de ces rapports, et tous ceux qui y ont contribué, car ils s’appuient au total sur l’analyse de 20 000 publications scientifiques, et ont reçu 70 000 commentaires de milliers de chercheurs du monde entier.
Je leur suis très reconnaissante pour leur travail bénévole et leur dévouement.
Dans mon esprit, ces rapports sont préparés non seulement pour les décideurs politiques des gouvernements, mais aussi pour les citoyens du monde et tout particulièrement pour votre génération.
En identifiant des conclusions solides, ainsi que les limites et lacunes des connaissances actuelles, ils contribuent à la maturation de la science des changements climatiques.
Cher.e jeune ami.e, tu ne grandis pas dans le même monde que le mien quand j’avais 16 ans.
Je ne pouvais trouver de l’information que dans les médias classiques, les encyclopédies et les bibliothèques. Aujourd’hui, la plupart des gens dans le monde utilisent les réseaux sociaux pour avoir accès à l’information.
Vous êtes entouré.e d’un foisonnement d’informations, facilement accessibles par le biais d’Internet.
Dans un monde de médias sociaux et de “fake news” vous avez plus que jamais besoin de comprendre la différence entre les faits et les opinions. La voix de la science sur les médias sociaux est faible. Vos jeunes voix sont puissantes pour que la science ne soit pas ignorée.
La science est unique. La préparation des rapports du GIEC suit les principes de la science pour fournir des évaluations du meilleur état des connaissances de manière rigoureuse, exhaustive, objective et transparente. Chaque conclusion est associée à un niveau de confiance.
Ce cycle du GIEC est unique. Nous avons réuni, pour la première fois, des scientifiques de toutes les disciplines afin de fournir les évaluations les plus intégrées à ce jour dans ces trois rapports spéciaux publiés en 2018 et 2019.
Pourquoi le rapport spécial du GIEC sur le réchauffement climatique de 1,5°C est-il important pour vous ?

Il montre que pour votre monde, chaque fraction de réchauffement compte, chaque année compte, chaque choix compte.

Au rythme actuel de réchauffement, 0,2°C par décennie, le réchauffement atteindra 1,5°C entre 2030 et 2050 environ. À ce moment-là, vous aurez mon âge. Un monde plus chaud de 1,5°C sera votre monde.
Ce rapport montre à quel point chaque demi-degré compte en termes d’impacts et de risques futurs.
Il montre que pour la préservation des écosystèmes, pour la santé, les moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, l’approvisionnement en eau, la sécurité humaine et la croissance économique,
il y a des avantages évidents à limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C par rapport à 2°C ou plus.
Les risques sont disproportionnellement plus élevés dans certaines régions, telles que les zones arides (également autour de la mer Méditerranée), pour les petits États insulaires en développement, les pays les moins avancés et l’Arctique.
Limiter le réchauffement à 1,5°C contre 2°C permettrait d’éviter d’exposer plusieurs centaines de millions de personnes susceptibles de basculer dans la pauvreté aux risques liés au climat.
Des efforts d’adaptation importants sont nécessaires pour gérer les risques, même pour un réchauffement global de 1,5°C.
Ce rapport montre également combien chaque année est importante en termes d’émissions de gaz à effet de serre.
En raison de l’effet cumulatif du CO2, la stabilisation du réchauffement climatique ne peut être obtenue qu’en réduisant fortement les émissions et en atteignant le plus rapidement possible des émissions nettes zéro.
Cela implique également de réduire l’effet net sur le climat d’autres émissions qui sont également à l’origine de la pollution atmosphérique, ce qui aurait des avantages immédiats pour la qualité de l’air et votre santé.
Si les promesses des gouvernements exprimées en 2015 dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat se réalisent, les émissions mondiales de gaz à effet de serre continueront à augmenter jusqu’en 2030.
Le niveau d’ambition actuel de réduire lentement le taux des émissions de gaz à effet de serre conduirait à un réchauffement de la planète de plus de 3°C d’ici 2100 et ne respecterait donc pas l’objectif de l’Accord de Paris.
Limiter le réchauffement climatique bien en dessous de 2°C impliquerait de réduire les émissions de CO2 de 25% d’ici 2030 et d’atteindre un taux net zéro d’ici 2070.
Limiter le réchauffement climatique à 1,5°C impliquerait de réduire les émissions de CO2 de 50% d’ici 2030 et d’atteindre un niveau net zéro d’ici 2050.
Cela nécessiterait des transitions rapides, profondes et sans précédent dans les systèmes énergétiques, l’utilisation des terres, les systèmes urbains, industriels et les infrastructures, en utilisant toute une palette de technologies et de changements de comportements.
Avec plus de 40 milliards de tonnes de CO2 émises chaque année dans l’atmosphère, chaque année compte.
Ce qui va se passer cette année et au cours des suivantes va façonner votre monde. Plus d’atténuation maintenant, plus de marge de manœuvre pour vous. Moins d’atténuation maintenant, plus de changements climatiques à vivre, à affronter.
Enfin, ce rapport montre à quel point chaque choix est important. Il s’appuie sur l’intersection entre les impacts des changements climatiques, les options d’adaptation, les options d’atténuation et les objectifs de développement durable.
En utilisant cette analyse multidimensionnelle, il montre comment on peut concevoir des transitions éthiques, justes et équitables.
Des choix différents en termes d’action climatique peuvent conduire à des résultats positifs ou négatifs avec d’autres objectifs de développement durable.
Dans chaque contexte, une combinaison judicieuse de mesures d’adaptation au changement climatique et de réduction des émissions peut aider à atteindre les objectifs de développement durable par des voies de développement bas carbone et résilientes,
protégeant ainsi les plus vulnérables et la biodiversité.
Notre évaluation montre clairement que les bénéfices les plus importants sont obtenus lorsque nous réduisons la demande d’énergie, la consommation de matériaux non renouvelables et la pression sur les terres grâce à des régimes alimentaires sains et respectueux de l’environnement
Cher.e jeune ami.e, ce n’est pas exactement ce que les publicités qui vous entourent promeuvent.
Nous en savons assez pour agir, mais nous avons également besoin d’un soutien pour la science afin de combler les lacunes en matière de connaissances identifiées dans chaque rapport du GIEC.
Par exemple, comment les choix de développement influeront-ils sur l’ampleur et les caractéristiques des risques liés au climat ?
Quelles seront les interactions entre le changement climatique, le changement d’affectation des terres, la santé de la végétation et le stockage du carbone dans les écosystèmes terrestres ?
Cette question me sert de transition vers le deuxième rapport spécial du GIEC de ce cycle, axé sur le changement climatique et les terres.
Nous montrons que les terres sont soumises à une pression croissante, les activités humaines touchant 70 % des terres libres de glace, dont 25 % sont déjà dégradées.
La façon dont nous produisons les aliments et ce que nous choisissons de manger contribuent à la destruction des écosystèmes et à la perte de la biodiversité. Notre système alimentaire est responsable d’environ 30 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
L’utilisation des terres fait partie des solutions, et il existe de multiples options pour agir par une intensification durable de la production, une réduction des pertes et des déchets alimentaires,
et une transition vers des régimes alimentaires sains et respectueux de l’environnement, réduisant ainsi la pression sur les terres.
Ce rapport porte sur le changement climatique dans votre paysage, le changement climatique dans votre exploitation agricole, le changement climatique dans votre assiette.
Les impacts augmenteront avec le réchauffement, en raison de la rareté de l’eau, de l’intensification des incendies de forêt et du dégel du pergélisol.
Dans un monde qui se réchauffe, la capacité des terres à stocker le carbone peut diminuer.
Les changements climatiques entraîneront une baisse des rendements des cultures, une hausse des prix des aliments et des perturbations de l’approvisionnement alimentaire.
Certaines régions, pays et communautés ont une capacité limitée de faire face aux effets négatifs du changement climatique.
Vous serez mieux placés pour faire face aux changements climatiques dans un monde qui met l’accent sur la soutenabilité.
Les actions à court terme visant à promouvoir la gestion durable des terres contribueront à réduire la perte de biodiversité, notamment en restaurant les écosystèmes naturels et leur capacité à stocker le carbone.
Il existe des limites à la possibilité d’utiliser à grande échelle les terres pour produire des cultures pour l’énergie, et pour le boisement. Il faut également du temps pour que les arbres et les sols stockent efficacement le carbone.
Une meilleure gestion des terres peut libérer des terres agricoles pour le boisement et la bioénergie afin de ne pas avoir d’impact sur votre sécurité alimentaire ni sur votre patrimoine naturel, la biodiversité.
Nous en savons assez pour agir maintenant,
mais nous devons aussi mieux comprendre quelle sera l’ampleur de l’absorption et de la libération futures des gaz à effet de serre par la végétation et les sols, ou quelle sera la réaction des écosystèmes tels que les forêts à la sécheresse.
Passons maintenant au troisième rapport spécial de ce cycle du GIEC.
L’océan et la cryosphère – les parties gelées de notre planète – peuvent sembler lointains pour certains d’entre vous.
Mais ils ont un impact sur nous tous, pour les conditions météorologiques et le climat, la nourriture et l’eau, l’énergie, le commerce ou le transport, la santé et le bien-être, la culture et l’identité.
L’océan et la cryosphère ont pris de plein fouet les conséquences du changement climatique depuis des décennies. Les conséquences pour la nature et l’humanité sont considérables et graves.
Le changement climatique dû aux conséquences des activités humaines a déjà une empreinte majeure sur les systèmes dont nous dépendons – du sommet des montagnes jusqu’au fond de l’océan. Ces changements se poursuivront tout au long de votre vie et pour les générations à venir.
Cela concerne l’élévation du niveau de la mer, et de nombreux autres aspects essentiels au maintien de la vie dans l’océan et la cryosphère sont aussi en jeu.
Notre rapport montre que si les émissions de gaz à effet de serre continuent à augmenter, le réchauffement de la planète modifiera radicalement l’état de l’océan et de la cryosphère.
Si nous réduisons fortement les émissions, les conséquences pour les populations et leurs moyens de subsistance seront encore difficiles à supporter. Mais elles seront potentiellement plus faciles à gérer pour ceux qui sont les plus vulnérables.
Même si les émissions de gaz à effet de serre diminuent fortement, les événements extrêmes de haut niveau de la mer qui n’ont eu lieu qu’une fois par siècle dans le passé se produiront dans de nombreuses régions côtières une fois par an d’ici 2050.
Le niveau de risque côtier dépendra à la fois des émissions de gaz à effet de serre et de la mise en œuvre de réponses locales dans vos communautés et vos villes côtières pour réduire l’exposition et la vulnérabilité.
Pour votre génération, la coopération sera particulièrement importante, car les personnes les plus exposées et les plus vulnérables sont souvent celles dont la capacité à agir est la plus réduite.
Notre rapport fournit les meilleures connaissances scientifiques disponibles pour vous donner ainsi qu’à vos communautés et gouvernements les moyens d’aborder des transitions sans précédent dans tous les aspects de la société.
Il est essentiel de combiner ces connaissances scientifiques avec les connaissances locales et autochtones pour élaborer des options appropriées afin de gérer les risques liés au changement climatique et de renforcer la résilience.
C’est aussi le premier rapport du GIEC qui souligne l’importance de l’éducation pour améliorer la connaissance du changement climatique, des océans et de la cryosphère. Cher.e jeune ami.e, demandez à en savoir plus sur ces questions essentielles!
Nous en savons assez pour agir maintenant,
mais de nouvelles connaissances sont nécessaires pour mieux comprendre les rétroactions du carbone du pergélisol, pour mieux comprendre la réaction de l’océan Austral et de la calotte glaciaire de l’Antarctique
et leurs implications pour le climat mondial et l’élévation du niveau de la mer, pour les risques composites et les impacts en cascade.
Nous devons également mieux comprendre l’efficacité et les limites des stratégies visant à renforcer la résilience.
Cher.e jeune ami.e, voici la dernière phrase de ce rapport, approuvée par tous les gouvernements: “Ce rapport souligne l’urgence de donner la priorité à une action rapide, ambitieuse, coordonnée et tenace”
Je vous avais à l’esprit quand il a été approuvé. Nous devons agir de toute urgence.
Malgré des décennies de développement de nouvelles connaissances confirmant que nous sommes à l’origine du changement climatique mondial, et 30 ans d’évaluations du GIEC, les émissions mondiales de la plupart des gaz à effet de serre continuent à augmenter.
Cela ressemble parfois au déroulement d’une tragédie grecque, où l’on voit se produire ce qui avait été prévu il y a des décennies par la modélisation du climat et du système terrestre.
La petite fenêtre d’opportunité pour limiter le réchauffement de la planète à un niveau bas se ferme rapidement avec l’augmentation des émissions.
Si nous n’agissons pas aujourd’hui pour réduire les émissions, le fardeau de votre génération s’alourdira.
Vous devrez faire face aux conséquences croissantes de niveaux plus élevés de réchauffement de la planète, telles que la perte irréversible d’écosystèmes, le besoin croissant de gestion de crise,
et des options plus coûteuses, plus difficiles et plus risquées pour gérer les risques.
Vous en savez peut-être plus sur les changements climatiques que le maire de votre ville ou le premier ministre de votre pays.
Le niveau de connaissance du changement climatique reste bas parmi les décideurs et le grand public.
Notre science ne fait pas toujours partie des programmes scolaires et universitaires. Les compétences en matière de changement climatique ne font pas partie de l’évaluation comparative internationale des programmes d’éducation et des universités.
Nous sommes aussi confrontés à des marchands de doute, qui sont très efficaces pour utiliser les médias et les réseaux sociaux afin de diffuser des informations erronées sur la réalité du changement climatique et ses causes.
Parfois, ce sont des scientifiques d’autres domaines d’expertise qui ont été les plus actifs pour s’attaquer aux sciences du climat et propager le déni…
Il y a de grands récits à déconstruire.
Le récit qui nie le fait que nos activités ont profondément perturbé la composition de l’atmosphère et le climat, avec des impacts déjà visibles et qui continueront de s’accroître avec le réchauffement de la planète.
Le récit selon lequel les gouvernements, informés par les informations produites par la communauté scientifique, prendront courageusement les décisions nécessaires pour le bien commun à long terme.
Le récit du fatalisme et de l’impuissance, qui joue sur nos peurs des changements en cours et à venir et sur l’incapacité des décideurs à agir à l’échelle des enjeux.
Nous devons déconstruire ces récits, et montrer comment déployer tous les leviers d’action, à toutes les échelles, dès maintenant, avec sagesse, collectivement, et concevoir les solutions qui pourront être déployées demain grâce à la recherche et à l’innovation.
L’amélioration de la surveillance, de la compréhension et de la modélisation du système terrestre fait partie de ces solutions.
Les services climatiques, qui fournissent des informations climatiques pertinentes pour la prise de décisions, y compris l’évaluation des incertitudes, aux échelles régionales et sectorielles, font également partie de ces solutions.
Il faut que la science soit plus facilement accessible à tous. Nous devons veiller à ce que nos publications soient accessibles à tous les citoyens, en juste retour de leur soutien à la science par le biais de leurs impôts.
Nous devons soutenir les scientifiques afin qu’ils soient mieux formés pour s’engager dans les médias sociaux, les approches participatives, et reconnaître que ces activités font partie de leur travail.
Nous avons besoin de nouvelles manières de penser, avec une solide compréhension des risques et des solutions en matière de changement climatique.
Nous devons soutenir l’intégration des activités de recherche, à l’interface entre les sciences du climat et du changement climatique, y compris les sciences sociales, à l’interface entre le climat et la biodiversité, pour mieux comprendre les solutions basées sur la nature.
Nous devons établir des ponts entre le monde universitaire, les acteurs de terrain, et les ingénieurs.
Nous devons vous donner les moyens, à vous, nos étudiants, aux jeunes, de comprendre la science, d’expérimenter et d’apprendre comment agir en faveur de la soutenabilité.
Nous devons travailler avec les villes où se trouvent nos centres de recherche et nos universités, afin d’accélérer les transitions là où nous vivons.
Nous devons apprendre quels sont les besoins de la société et développer de nouvelles approches pour la co-conception et la co-production de connaissances.
Les scientifiques sont aussi parfois les pires exemples de dissonance cognitive, travaillant sur le changement climatique tout en voyageant en avion autour du monde pour assister à de plus en plus de réunions. Nous devons réfléchir à nos propres pratiques.
Comment pouvons-nous déployer des moyens de réduire les émissions associées à nos activités de recherche, tout en produisant à la fois des percées en matière de connaissances fondamentales et des connaissances qui soutiennent la transformation de la société ?
Comment pouvons-nous mieux utiliser les solutions du 21e siècle telles que la vidéoconférence pour stimuler les échanges intellectuels, la coopération, l’émulation, le renforcement des capacités dans tous les pays ?
Quelles sont les plans d’action des universités et grandes écoles, des organismes de recherche, du ministre de la recherche et de l’enseignement supérieur pour réduire nos émissions de manière cohérente avec l’objectif de l’accord de Paris ?
Quel sera l’état de votre monde, l’état de la biodiversité, l’état de l’humanité dans un siècle à partir de maintenant, en 2120 ?
Aurons-nous construit la résilience et géré les risques ?
Aurons-nous fortement réduit les émissions de gaz à effet de serre et amélioré le bien-être de tous, sans laisser personne derrière, grâce à l’innovation technologique, frugale et sociale ?
Aurons-nous mis les connaissances, la sagesse et la science au service du progrès humain ?
Tout cela dépendra de nos actions cette année, dans les années et les décennies à venir.
En tant que scientifiques, nous devons revendiquer d’avoir une voix dans la vie de la cité, porter la voix de la science, mettre la science au service des transformations de nos sociétés,
car nous devons agir, de manière lucide et responsable, pour le plus grand défi que nous devons réussir à relever ensemble.
Cher.e jeune ami.e, je comprends votre impatience, je comprends votre appel à l’action. Parce qu’il s’agit de votre monde.
– FIN-

Pour en savoir plus, les rapports du GIEC @IPCC_CH sont disponibles ici : t.co/e7g8Po1LXN et une traduction citoyenne des résumés pour décideurs des rapports spéciaux (en attendant la traduction officielle) là : t.co/KIEGeo7yJs

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